Carnaval de Olinda - Personne ne voudrait être à Rio
- rochasd

- 27 mai
- 2 min de lecture
A peine arrivés, déjà de la bière sur les chaussures mais ce n'est pas nôtre. Au loin, des cuivres attaquent un rythme rapide et syncopé, quelque chose entre la marche militaire et la danse de rue. Des corps transpirants frôlent, poussent, on ne choisit pas vraiment où aller, on suit le mouvement dans les ruelles pavées en forte pente. Olinda est une ville coloniale perchée sur une colline au-dessus de Recife. Le jaune, le bleu, le rose, le vert défilent, des façades qui sous le soleil du Nordeste brésilien en février semblent hyper saturées.
Puis le frevo arrive. La foule entame les refrains répétitifs et entraînants, les tambours se font entendre avant d'être vus. Née à Recife au début du XXe siècle, cette musique fait défiler les blocos dans les ruelles, et quand ils passent à un mètre, c'est presque trop fort dans les oreilles.
Les pavés irréguliers font trébucher dans les descentes. Sous la semelle, quelque chose de collant qu'on préfère ne pas identifier. Ça sent la transpiration, la sienne et celle des autres mélangées, la bière fermentée sur le sol chaud, la cuisson d'un espeto de viande grillée, à 50 centimètres de foule. En passant devant les ruelles les plus étroites, l'odeur âcre de l'urine agresse.
Un vendeur hurle "A cerveja é 8, três por vinte !" On réalise alors que les gens sont déguisés en tout et n'importe quoi : ours multicolores, anges et démons, personnages politiques. Ceux qui ne viennent pas déguisés respectent au moins le dress code basique du carnavalier : maillot de bain et bas résilles pour les femmes, short et torse nu pour les hommes. Et des paillettes, beaucoup de paillettes. Des couples s'embrassent goulûment au milieu de la foule. On boit une caipirinha servie dans un bar éphémère installé sur un bout de trottoir. Au moment de soulager la vessie dans une ruelle plus calme, on réalise que les oreilles bourdonnent.
Et puis soudain, au-dessus de tout ça, deux corps géants en papier mâché, un homme et un taureau, qui avancent en tourbillonnant dans la foule. Un Boneco Gigante de 4 mètres qui oscille, porté par quelqu'un dont on ne voit que le visage, minuscule par rapport au géant. Ces marionnettes existent à Olinda depuis le XIXe siècle, représentant des personnages historiques, politiques ou tirés des contes populaires. Quand elles apparaissent, la foule s'écarte ou tente de les toucher selon le personnage. C'est chaotique et beau en même temps.
Au bout d'un moment, on a arrêté de penser à où on allait. On suit juste. On a parlé à des gens dont on ne se rappelle plus le nom, appris de nouveaux refrains et trop bu. Le soir on rentre les jambes mortes, le rythme du frevo qui tourne encore dans la tête, et cette saveur un peu métallique dans la bouche, la chaleur, l'alcool, l'effort. Le carnaval dure cinq jours. Demain on recommence.









































































































































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